Le paradoxe de la chasse aux cobras

Avez-vous déjà essayé de résoudre un problème avec la meilleure volonté du monde, pour finalement vous rendre compte que votre solution a… empiré la situation ? C’est ce que l’on appelle en sociologie l’effet cobra. Dans cet épisode, retournons au XIXe siècle, en Inde, pour présenter un exemple historique qui illustre parfaitement ce paradoxe. C’est parti !

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Le paradoxe de la chasse aux cobras

Nous sommes à Delhi au 19e siècle, sous le règne de l’Empire britannique. La ville fait face à une menace mortelle : une prolifération inquiétante de cobras. Ces reptiles représentent un danger pour les habitants, en particulier, pour les ressortissants installés dans la région.

Déterminés à résoudre ce problème, l’administration coloniale met en place une mesure apparemment ingénieuse : une récompense est offerte pour chaque cobra mort rapporté aux autorités. La logique est simple : l’appât du gain va transformer la population en une armée de chasseurs de serpents, et le problème sera réglé.

Au début, le plan est un succès retentissant. Les chasseurs affluent, les cadavres de serpents s’empilent, et les Britanniques se félicitent de leur stratégie. Mais bientôt, une nouvelle tendance émerge.

Certains esprits malins réalisent vite qu’il est fastidieux et dangereux de traquer des cobras sauvages. Ils comment donc à en élever dans le but de les tuer afin de toucher la prime. Plutôt que de réduire la population de serpents, le programme encourage leur prolifération.

Lorsqu’ils découvrent la supercherie, les Britanniques annulent immédiatement le programme de récompenses.  La réaction des éleveurs, désormais sans débouché commercial, est d’autant plus catastrophique. Furieux, ils relâchent tous leurs serpents dans la ville. Résultat : Delhi se retrouve avec une population de cobras bien supérieure à celle d’avant l’intervention.

Réflexion

Cette histoire vraie illustre un phénomène bien connu en sciences sociales : l’effet Cobra. Ce concept désigne une situation où une tentative de solution à un problème entraîne des conséquences involontaires qui empirent la situation initiale.

Source 

Anecdote historique célèbre, devenue un cas d’école en économie et en sociologie pour illustrer le concept des « conséquences inattendues » ou « incitations perverses ». Le récit proposé ici est une reformulation narrative des faits rapportés notamment par l’économiste Horst Siebert.

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Le roi, le mendiant et la sébile

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Le roi, le mendiant et la sébile

Par un après-midi baigné de lumière, un roi puissant quitta son palais pour se mêler à son peuple. Fier et paré d’atours magnifiques, il déambulait dans les rues. Soudain, son regard s’arrêta sur un vieil homme assis en tailleur. Devant lui, une simple sébile — une coupe usée — attendait l’aumône.

Intrigué par le calme olympien du vieil homme, le monarque s’arrêta :

— Dis-moi, vieil homme, que désires-tu ?

Le mendiant leva les yeux, un léger sourire aux lèvres :

— Majesté, vous parlez comme si vous aviez réellement le pouvoir d’exaucer mes vœux.

Piqué dans son orgueil, le roi redressa la tête :

— Je suis le maître de ce royaume. Ma fortune est immense. Parle, et ce sera fait !

Le mendiant lui tendit simplement sa vieille sébile :

— Pourriez-vous alors remplir cette petite coupe ?

Amusé par cette requête si modeste, le roi ordonna à son trésorier de verser une bourse d’or dans l’écuelle. Mais, à la stupéfaction générale, dès que les pièces touchèrent le fond, elles s’évaporèrent. Le roi, refusant l’échec, fit verser une seconde bourse, puis une troisième. Des cascades de diamants, des rubis gros comme des œufs et des perles de prix furent jetés dans la coupe… mais elle restait désespérément vide.

Le roi, aveuglé par son ego, fit vider les coffres de son palais. Les chariots de trésors défilaient, mais la sébile engloutissait tout, telle un trou noir. Finalement, ruiné et épuisé, le souverain tomba à genoux :

— Je m’avoue vaincu. Mais par pitié, dis-moi : quel est le secret de cette coupe ? De quoi est-elle faite ?

Le mendiant murmura alors avec compassion :

— Il n’y a aucun secret, Majesté. Cette sébile est comme le désir insatiable des hommes : peu importe ce que vous y jetez, elle en réclamera toujours davantage.

Citation

« Si tu n’es pas satisfait de ce que tu as, tu ne seras pas satisfait de ce que tu voudrais avoir. » — Épicure 

Source

Cette histoire est inspirée d’un conte traditionnel soufi souvent attribué à la sagesse d’Asie centrale, illustrant la psychologie de l’insatiabilité humaine.

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La souris téméraire et la souris prudente

Et si ce qui nous semble être une chance… était en réalité un piège ? Voici une fable relatant la vie d’une souris téméraire et d’une souris prudente qui nous rappelle que le confort immédiat peut parfois coûter très cher. C’est parti.

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La souris téméraire et la souris prudente

Il était une fois deux frères souris très différents :

    • l’une était téméraire mais paresseuse,
    • l’autre prudente mais persévérante.

Pendant la saison des moissons, la première prenait tous les risques : elle courait en plein jour parmi les machines et les rapaces pour attraper les grains tombés au sol. Elle mangeait vite, beaucoup… mais frôlait la mort à chaque instant.

La seconde, plus craintive, attendait la nuit. Elle récoltait moins, mais sans danger.

Un jour, après les récoltes, les deux frères partirent en expédition dans le hangar de la ferme. A leur grande surprise, ils virent une jarre remplie de grains.

Le plus téméraire sauta sur l’occasion. Il entra dans le récipient, mangea tout ce qu’il put et s’endormit sur son trésor.

Son frère, fidèle à ses habitudes, continua à se nourrir dans les champs, malgré la rareté grandissante des grains.

Chaque matin, il trouvait son frère repu, toujours au fond du bocal.

Jusqu’au jour où le plus téméraire atteignit le fond du bocal. Soudainement, il comprit qu’il était prisonnier : les parois étaient désormais trop hautes. 

Le luxe, l’abondance, la facilité… tout cela s’était refermé comme un piège.

Tant bien que mal, son frère qui refusait de l’abandonner, lui apportait des grains un à un, chaque nuit.

Mais désormais, le prisonnier ne choisissait plus rien : il vivait selon ce que l’autre pouvait lui offrir, dépendant du moindre geste…

La facilité d’hier était devenue l’emprisonnement d’aujourd’hui.

« Ce qui est facile n’a que peu de valeur. » — Platon
« La liberté n’est pas l’absence d’engagement, mais la capacité de choisir. » — Paulo Coelho

Source

Histoire librement inspirée d’une fable populaire moderne et de thèmes issus de la tradition d’Ésope. Texte adapté et reformulé dans un style contemporain.

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