Nous passons souvent notre vie à courir après un futur meilleur, convaincus que le bonheur nous attend au bout du chemin. On rêve d’amasser fortune pour en profiter, faire une carrière et arriver au sommet ou atteindre la retraite. Cette philosophie revient à sacrifier notre temps présent sur l’autel d’un confort futur hypothétique. Dans cet épisode, laissez-moi vous conter une histoire qui remet en perspective notre définition de la réussite. C’est parti !
Version vidéo
https://youtu.be/_mPHNg6R_W0
Version audio
https://open.spotify.com/episode/1Xh6siXw2z33U8jq2epr5O?si=9FOWK3eoQFOKm-vlm0HAEQ
L’industriel et le pêcheur : la course vers nulle part
L’histoire se déroule sur une plage baignée de soleil, dans un petit village côtier où le temps semblait avoir ralenti. Un riche industriel stressé s’y accordait quelques rares jours de vacances sur les conseils de son médecin.
Lors de sa promenade en fin de matinée, il fut scandalisé de voir un pêcheur local déjà allongé nonchalamment dans son petit bateau amarré, profitant de la brise marine.
L’homme d’affaires s’approcha et l’interpella :
— Dites-moi, mon brave, pourquoi n’êtes-vous pas en mer en train de pêcher à cette heure-ci ?
Le pêcheur ouvrit un œil, sourit paisiblement et répondit :
— Parce que j’ai déjà pêché suffisamment de poisson pour aujourd’hui. J’en ai assez pour nourrir ma famille et même un peu plus pour en donner à mes voisins.
L’industriel rétorqua :
— Mais enfin, la journée est loin d’être finie ! Pourquoi n’en attrapez-vous pas plus ?
Le pêcheur se redressa :
— J’ai simplement envie de profiter de ma journée en me reposant et en passant du temps avec mes proches. Et surtout j’ignore ce que je ferais avec le surplus de poissons ?
L’homme d’affaires s’anima :
— Vous pourriez les vendre, voyons ! Vous gagneriez plus d’argent. Avec cet argent, vous pourriez remplacer ce vieux rafiot par un puissant bateau à moteur. Vous iriez plus loin, dans des eaux plus profondes, et vous attraperiez beaucoup plus de poissons. »
Le pêcheur hocha la tête lentement :
— Et après ?
L’industriel poursuivit :
— Après ? Avec ces revenus supplémentaires, vous achèteriez des filets en nylon professionnels. Bientôt, vous auriez assez de capital pour acheter un deuxième bateau, puis un troisième. Vous embaucheriez des équipages. En quelques années, vous ne seriez plus un simple pêcheur, mais le propriétaire d’une véritable flotte ! Vous seriez un homme riche et puissant, comme moi.
Le pêcheur sembla réfléchir un instant, puis demanda :
— Et que ferais-je alors, une fois devenu riche ? »
L’industriel sourit, triomphant :
— C’est là le meilleur ! Vous pourriez enfin vous détendre. Vous pourriez passer vos journées à vous reposer au bord de la mer et profiter de vos journées !
Le pêcheur se rallongea dans sa barque, ferma les yeux et conclut avec un sourire tranquille :
— N’est-ce pas exactement ce que je suis en train de faire en ce moment ?
Citation
« Ce n’est pas celui qui a peu qui est pauvre, mais celui qui désire plus. » – Sénèque
Source
Ce récit est une adaptation libre d’une célèbre parabole de l’écrivain allemand Heinrich Böll, publiée en 1963 sous le titre Anekdote zur Senkung der Arbeitsmoral. Devenue un véritable conte philosophique contemporain, cette histoire est aujourd’hui une référence mondiale pour illustrer les concepts de simplicité volontaire et de sobriété heureuse face aux impératifs de la société de consommation.
________________
Découvrir d’autres textes inspirants


Avez-vous déjà remarqué que plus nous possédons, plus nous semblons manquer de quelque chose ? Nous courons après le prochain achat, la prochaine promotion, convaincus que cette fois, nous serons comblés. Découvrez l’histoire d’un souverain qui pensait pouvoir tout acheter, jusqu’à ce qu’il croise le chemin d’un mystérieux mendiant. C’est parti
Et si ce qui nous semble être une chance… était en réalité un piège ? Voici une fable relatant la vie d’une souris téméraire et d’une souris prudente qui nous rappelle que le confort immédiat peut parfois coûter très cher. C’est parti.