Est-ce le monde qui change, ou seulement le regard que nous posons sur lui ? Dans cette histoire, découvrez comment une société parfaitement harmonieuse peut se fracturer non pas à cause de ses actes, mais à cause de ses interprétations. C’est parti !
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La vérité en couleur – Quand nos récits nous séparent
Il était une fois, dans une vallée paisible, un peuple de lapins aux yeux d’un blanc pur. Ce regard neutre leur offrait un don précieux : voir la réalité telle qu’elle était, sans filtre, sans jugement préconçu.
Leur société prospère reposait sur deux piliers fondamentaux, connus de tous : Premièrement : Soyez justes et bienveillants les uns envers les autres, quelles que soient vos différences naturelles. Deuxièmement : Œuvrez toujours pour le bien commun avant votre intérêt personnel.
Grâce à ces socles, l’harmonie régnait. Certes, il y avait parfois des querelles pour un terrier plus confortable ou une carotte plus tendre, mais le rappel de ces deux règles suffisait toujours à rétablir l’équilibre.
Un jour, dans un élan louable, les sages du village décidèrent d’illustrer ces règles abstraites par des histoires concrètes tirées de leur quotidien. Ils racontèrent comment les lapins les plus véloces aidaient à la récolte pour soulager les plus lents. Et comment les plus lents, en retour, prenaient le temps d’aménager et de sécuriser les terriers pour tous.
L’intention était bonne : transmettre les valeurs par l’exemple. Mais un phénomène étrange se produisit.
À force d’entendre et de répéter ces histoires, les lapins cessèrent de voir l’entraide globale. Ils se focalisèrent sur les rôles. Certains se dirent : « Il est évident que la tâche noble est la rapidité, les autres sont des assistés ». Leurs yeux prirent alors une teinte rouge vif. D’autres pensèrent : « La vraie valeur est la patience et la construction, les rapides sont juste des agités ». Leurs yeux virèrent au bleu profond.
D’autres nuances apparurent selon les interprétations de chacun. Lentement, mais sûrement, la couleur des yeux s’intensifia, et avec elle, la rigidité de leurs croyances. Chacun ne voyait plus le monde qu’à travers le filtre coloré de sa propre « vérité ».
Bientôt, les lapins aux yeux bleus ne purent plus dialoguer avec ceux aux yeux rouges. Ils regardaient les mêmes faits, mais ne voyaient plus la même réalité. Chacun était persuadé d’être le seul détenteur de la bonne vision du monde. L’harmonie laissa place à la méfiance et à la séparation.
Un jour, un très jeune lapin, dont les yeux possédaient encore la pureté blanche de l’enfance, s’approcha d’un ancien au regard fatigué. — Grand-père, pourquoi nos yeux sont-ils tous de couleurs si différentes ?
L’ancien soupira longuement avant de répondre : — Parce qu’au départ, nous voulions tous partager le même message d’unité. Mais nous avons commis l’erreur d’oublier les règles fondamentales qui nous unissaient pour nous battre sur les histoires qui nous séparaient.
Citation
« La vérité est un miroir brisé, et chacun en ramasse un morceau en pensant que le morceau entier s’y trouve. » – Rûmî
Source
Récit original et allégorique écrit pour cet ouvrage, inspiré par les dynamiques de polarisation sociale.
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